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29 mai 2007 2 29 /05 /mai /2007 01:17

Denali, c est fini ...

Faute d une autonomie suffisante, je me suis joint a un groupe de 7 francais pour l ascension du Mac Kinley. Comme ils n ont pas que ca a faire, nous n avions que 3 semaines pour l expedition (8 au 28 mai); c est un peu dommage car avec plus de temps ...

Le groupe arrive le 8 au soir, 20 heures apres avoir quitte Paris. Je suis le plus jeune du groupe, mais j arriverai tout juste a suivre le veteran qui avec 160 cm et 60 ans a une peche terrible ! Helas, il n y a pas de fille ... pour la cuisine ! Apres les derniers achats alimentaires a Anchorage (le rayon pharmacie du supermarche est presque plus important que le rayon alimentataire !), on file 180 km au nord a Talkeetna. On mangera surtout des sachets deshydrates, et les tranches de jambon du pays seront tres appreciees !

Partage des hyophylises (la poudre a manger)

On arrive au debut de la saison touristique et le village comme les bourgeons n a pas debourre ! Avant d aller dans le parc naturel, il faut passer chez les rangers. Lorsqu on arrive, seulement 2 personnes ont atteint le sommet, 200 autres sont sur place sur les 1.000 inscrites pour la saison. L information dure une bonne heure : on nous explique les regles a suivre, les risques de l itineraire (crevasses, eboulements ...) et un avertissement sur les risques de gelures. A la fin du breefing, on recoit 3 pots pour les commissions ...

Le lendemain (10/05) on s envole pour 40 min. Apres avoir survole la foret plate et humide on arrive aux buttes rocheuses de plus en plus importantes qui canalisent de gros glaciers crevasses. L avion se pose avec les patins sur le glacier a 2200 m d altitude (c est original d "anneigir"). 

Un lit tordu !

 Beau vol

 Bleu, blanc et rouge !

A "terre" tout est eblouissant et nous ne quitterons plus les lunettes de soleil. Le camp de base est rudimentaire : 1 tente permanente pour les rangers, 1 tente pour le traffic aerien, un "cimetiere" ou les groupes enterrent des vivres pour le retour et les tentes de groupes en transit. Comme il est encore tot, on charge l essence et l equipement sur les luges et la marche commence.

A chaque piquet, une reserve pour le retour

C est parti ...

La voie est libre

En plus du sac a dos, il faut tirer une vingtaine de kilos embarques sur la luge. Ceux qui avancent a ski ont une assez bonne portance sur la neige, mais avec les raquettes on doit s encorder pour eviter de trop s enfoncer si on ne voit pas la crevasse. A 3, on avance lentement car ces maudites luges partent dans tous les sens. Les crevasses sont discretes mais trop nombreuses et trop profondes pour prendre le risque de se decorder. Quand on sait que c est la que que finissent les "sacs a merde", ca fait une autre bonne raison de ne pas tomber au fond du trou !

On arrive tard et fatigues au camp 1. Par chance, les premiers rendus trouvent des emplacements libres et nous n auront pas de terrassement a faire. C est le debut de l ete et les jours sont tres longs (il n y a pas de reelle obscurite). A 21 h on est encore en train de fondre la neige lorsque le soleil passe derriere la montagne et la temperature chute rapidement; il est temps de se rentrer au chaud...

A 2 dans la tente, nous ne sommes pas serres. Mon compagnon belge est sympathique et pleins d aventures ... Le matin il fait encore frais, on s active apres que le soleil ai chauffe la tente, mais avant que le givre ne fonde (9 h). Etant assez frileux, je dejeune avec l eau moins que tiede du thermos et je ne sors du duvet qu a partir de 9 h 30. Il faut pres de 2 heures pour dejeuner, remplir les gourdes et plier le camp. Generalement nous sommes pret a partir vers midi.

Le benjamin qui a eu des pieds geles sur une autre montagne s est fait peur et retourne prendre l avion. Nous sommes donc 7 pour monter au camp 2. On arrive en fin d apres midi et il n y a plus d emplacement libre. Il faut pres de 2 heures pour installer le camp (damer la neige et construire les murs de protection contre le vent). On se couche sereinement mais au matin tout est recouvert de neige. Le pot qui etait installe a l ecart est enfoui et malgre 2 heures de recherche on ne le retrouvera pas ... Le mauvais temps nous bloquera 2 jours dans les tentes (lecture).

L installation du camp 2 sous le soleil (large vallee)

Au petit matin, ce n est plus la meme chose !

Le "Chef" aux fourneaux

Le 14, on monte au camp 3. Il se situe au pied d une pente assez raide, au fond de la vallee glaciaire que l on remonte depuis plusieurs jours. Comme nous sommes tous en forme, on gagne du temps en motant tout en une seule fois. Certes, les attaches de la luges cisaillent les hanches mais le temps gagne compense largement ce desagreement. 

Comme les pentes deviennent plus fortes a partir du camps 3, on abandonne raquettes et ski pour les crampons et on reparti la charge en 2 portages. Si la pente est raide, en haut on a une meilleure vue ! On passe au dessus des nuages et on commence a dominer les environs. Le beau temps rend "Windy Corner" plus facile a traverser. Puisque tous sont en forme, on porte l equipement jusqu au camp 4 et on rentre tard au camp 3. Le lendemain on remonte avec le reste de la charge.

Entre camp 3 et 4

Le camp 4 est le plus important (4200 m). Les expeditions s y installent en attendant l oppurtinite d aller au sommet. Les rangers controlent le camp et un vrai "trone" est plus confortable que notre petit pot vert ordinaire !

Apres les jambes, on se degourdi les bras !

Le camp 4 (4200 m) devant le Mont Foraker

Un vrai chiotte (un peu exhibitioniste !)

et des previsions meteo de mer...

Apres une journee de repos, on fait le premier portage au camp 5 (5200 m). La pente est plus raide et le dernier troncon est equipe de 100 m de cordes fixes. Il faut commencer par franchir un mur de glace de plus d 1.20 m avec le sac. Meme avec corde et piolet, ce n est pas si facile ! Apres les cordes, on se repose sur un petit plat avant de suivre une jolie crete pendant pres de 2 h. Meme si on arrive fatigues au camps 5, il faut immediatement creuser un trou pour enfouir les sacs et redescendre rapidement. Ce qui se monte en 5 heures se descendra en 2 heures !

Apres le camp 4, ca grimpe raide !

 Passage en cordes fixes

Au dessus des nuages (5000 m)

Passage en crete 

On prend 1 jour de repos au camp 4 pour l acclimatation. Il fait beau et la meteo nous annonce un temps encore meilleur... Au camp, on "glande" pendant que les expeditions americaines s entrainent consciencieusement a passer d une corde a l autre, et que les expes qui rentrent, bazardent essence et nourriture pour s alleger. Le 21 on remonte au camp 5 avec le reste de l equipement. C est une superbe journee : gros soleil, ciel marine et pas de vent. Tandis qu on se creve a scier des blocs de neige pour les murs, on voit des groupes revenir du sommet jusqu a 23 heures. Au camp, nous sommes tous tres optimistes pour la suite !

Un sommet si proche ... (1000 m plus haut)

Vue du camp 5

Foutue meteo, c etait trop beau ... Au reveil, le vent souffle et au dela de 100 metres tout est gris. Sans soleil, avec un vent froid neigeux, les chances sont reduites, mais on part quand meme ... A peine sorti du camp on rencontre nos voisins partis 4 heures plus tot qui reviennent refroidis et fatigues pas une marche penible et vaine. Inutile d insister, nous faisons demi tour. Le vent ne cesse pas de la journee. Le soir ca se decouvre mais le matin suivant, le temps est encore mauvais...

D day - temps pourri !

A 5200 m il fait froid la nuit : dans la tente le thermometre bloque a - 20 degres, mais nos voisins donnent un - 32 deg a l exterieur ! A ces temperatures, on dort habille ! Le sac de couchage est bien rempli : vetements chaud, chaussettes a secher, appareil photo, camera, piles qu il fait proteger du froid ... On apprend aussi tres vite a utiliser la "pie bottle". Tout se passe dans le sac, avec la hantise de mettre a cote ce qui ferai tres vite de la glace dans le duvet. Assez rapidement la vapeur d eau de la respiration se depose et gele sur les bords du sac de couchage et refroidies joues ... Pour etre au top, je me dopais a la vitamine C depuis le depart, puis au paracetamol a partir de 4000 m. Un soir j ai pris 1/2 comprime de Diamox, medicament repute contre les maux d altitude mais aussi pour faire pisser. J ai aussi mal dormi que les nuits precedentes et j ai rempli 2 fois la bouteille ! Sortir la vider au milieu de la nuit a ete tres penible et je ne retoucherai plus a ce medicament ...

Moins 17 degres au reveil

Pas d amelioration en perspective et un avion a prendre, il faut redescendre vaincu par le mauvais temps. Nous ferons parti des 50 % d echec ... Aux camps, on rencontrera plusieurs groupes qui ont echoue leur premiere tentative et qui recommencent avec plus de temps disponible pour attendre le bon moment.

La descente sera rapide mais difficile. Cette fois ci plus de portage, il faut tout descendre en une seule fois. Deja qu il est plus dur de planter les crampons dans la glace pour descendre, avec le poids du sac, il faut faire doublement attention de ne pas glisser ... 2 gars sont morts quelques jours auparavant d une simple glissade ! Nous quittons le camp 5 a midi, on fait une pause au camp 4 et on repart avec les luges chargees vers le camp 3.

Pour monter avec la luge, il suffit de tirer. Pour descendre, il faut la retenir et casser son elan. Comme le chemin est de biais par rapport a la pente la luge chasse sur le cote et vire ... un vrai bonheur ! Comme on est 5 a galerer sur la cordee, il faut s arreter a chaque instant ...

Put ... de luges ! 

Arrives au camp 3, il n y a plus de place et il faut amenager notre emplacement. Mon compagnon de tente decouvre ses doigts geles ... avec 8/10 il a la mention "tres serieux" !!! Ce n est pourtant pas un bleu blege, mais en nettoyant la buee de ses lunettes, il s est gele les doigts. Pour l instant, il a juste de belles ampoules "normales", mais elles se coloreront en rouge et bleu lorsqu il utilisera ses doigts.

Gelures aux doigts 

 L heureux homme aux 10 poupees !

La premiere journee de descente etait deja pas mal, la seconde est un "jour blanc". Avec nos raquettes nous sommes moins rapides que les autres a ski, et nous devons partir en avance ... et ouvrir la voie. On demarre dans "la puree" : tout est blanc et on ne voit rien au dela de 50 m. Seuls les petits jalons de bambou me permettent de deviner la trace. Un moment on a du attendre une eclaircie pour trouver le jalon suivant... En ce jour pourri, on croisera peu de personnes ! Apres quelques heures, on descend sous les nuages et la visibilite s ameliore. Comme j ouvre la marche, je vois bien les belles crevasses (50 cm large) qui etaient cachees 15 jours plus tot. La veille, mon compagnon de devant s etait enfonce la jambe jusqu a la taille dans un "petit trou" de 20 cm, avec les failles de 50 cm et 1 seule personne pour tendre la corde, on a ete tres prudents ! Partis a midi, on arrivera creve au camps de base 7 heures plus tard. La neige lourde qui tombe trempe tout ... au moins il ne fait pas froid ! 

Derniere epreuve : la marche blanche

Arrives les permiers, nous sommes prioritaires pour embarquer dans l avion du lendemain. Avec un ciel gris et bas les vols seront rares ! Le pilote ne veut pas tout embarquer et l equipement reste avec un "responsable". A l aller, le temps clair permettait au pilote de voler haut. Au retour, l avion descend la vallee sous le plafond nuageux quelques centaine de metres au dessus des glaciers et de la foret. Un second vol sera possible l apres midi pour rapatrier le materiel.

L equipe avant l embarquement 

 Vol au dessous d un nid de coton 

La vallee glaciaire

Le 26, nous allons declarer notre sortie aux rangers et nous sommes tres surpris qu ils ne fassent pas d histoire pour le pot perdu. Certains se sont pris des amendes pour des raisons plus futiles : pas assez de dechets au controle, pas assez de "matieres" dans le pot ....

De retour en ville, on retrouve les plaisirs civilises : se laver les dents, se doucher, porter des vetements propres, manger de la nourriture qui a du gout, la biere et un lit ... Nous avons bien mange et bien bu ! J ai quand meme ete vexe quand la balance a indique plus de 80 kg... 15 jours a sucer la neige et le meme poids !! A table, on a eu le temps de refaire l expedition ! Il y a une grosse frustration de ne pas avoir pu aller au sommet. Avec un ou deux "SI", on pouvait tous monter (1 jour plus tot, si la meteo ne c etait pas trompee....). En tout cas on a fait le plus dur : trainer nos luges, marcher dans le sale temps, monter en bon etat au dernier camp et attendre l eclaircie ... Il nous manque 8 heures de marche avec un petit sac a dos pour l ultime aller-retour. C est vexant mais on ne pouvait rien faire de plus...

Promenade digestive entre 2 bons repas

Petite cabane,

Gros chalet ...

Avion individuel capable d atterrir sur les bancs de gravier de la riviere !


Le groupe est reparti (28 mai), il ne me reste plus qu un mois de promenade avant de rentrer en metropole ... ca sent la fin !!!

      

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Published by Ledodolela - dans Amerique Nord
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commentaires

alain 30/05/2007 20:54

Tes photos sont vraiement trés ien et completent bien tes commentaires. Pour les luges, ce qui semblait sympathique sur le papier s'avere plus compliqué en réalité. En tout cas sacré expérience en froid extreme ! Avec toi j'ai appris que toutes les extrémités rouges du corps n'étaient pas forcément synonymed de bonne santé. je préfere être à ma place qu'a celle de ton ami belge !

Ledodolela 31/05/2007 20:46

Pour les fotos, les meilleures ne sont pas de moi ! On a fait une mise en commun des le retour retour en ville. Je dois le preciser avant que les vrais auteurs reclamment leurs droits !

alain 29/05/2007 20:58

Désolé mon gars : pas de bol alors que tu avais le physique pour le sommet. Dis toi bien que tu reviens avec tous tes doigts et un pot plein de ... que les rangers eux même  ont voulu garder pour leur collection. Tu auras finalement laissé une belle trace sur ce merveilleux site !
A bientot

Ledodolela 29/05/2007 22:40

J ai le physique pour beaucoup de choses !!! Pour le pot, tu te trompes, les rangers sont trop heureux qu on l ai perdu !
Puisqu on a pas ete en haut ... tu veux pas y aller un jour ? C est une dure et belle balade !  

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